BankTech recherche Chief Robot Officer !

En ce matin de janvier, je lève mon regard sur des milliers de baies informatiques enfermées dans une cathédrale scintillante de diodes. Je cligne des yeux pour faire défiler sur la grande parois luminescente qui me fait face les rapports de la nuit tout en contemplant mes racks de serveurs affairés, en ce début de journée, à miner des milliards de données.

Je mesure alors subitement ma chance d’avoir rejoint la plus grande Data Factory au monde en tant que Chief Robot Officer pour une aventure orbitale d’un an !

 

Diplômé en intelligence artificielle de la prestigieuse Peking University, j’ai rapidement trouvé ma place dans l’écosystème bouillonnant du Mentougou District où startups et géants de la tech surfent sur une vague immense d’innovation qui n’en finit pas de déferler sur la finance mondiale. Son ressac a fini d’emporter par le fond les acteurs les plus fragiles ou les moins bien préparés à survivre à son étouffante écume technologique. 

Les plus agiles, quant à eux, ont su au final se réinventer en puissante industrie de la confiance dont ils font aujourd’hui un commerce redoutablement profitable. 

 

Les données bancaires, financières et comportementales de l’Humanité sont leur matière première, et leur exploitation sécurisée leur plus grande richesse. De nouveaux empires sont nés, avec la Chine, en toile de fond, qui a pris brillamment le leadership mondial des sciences de l’artificiel. Face à eux, les géants d’antan d’un internet aujourd’hui révolu ont échoué à réintermédier les données à leur profit.

Ils ont échoué à faire plier les Etats dont la plus grande victoire aura été d’inscrire le droit à disposer de ses traces numériques dans la déclaration des droits de l’Homme.  

 

A l’époque, encore étudiant, profitant souvent de la douceur des jardins du Palais d’été, j’apprenais que la RPA avait très tôt poussé les banques du monde entier à automatiser tout un ensemble de tâches administratives et répétitives. Puis finalement, ce fut au tour de toutes celles à la valeur ajoutée certaine mais devenues à leur tour robotisables sous l’effet de la montée en puissance de l’intelligence artificielle elle-même.

Face à ce tsunami de la robotisation continue, l’industrie bancaire s’était très vite retrouvée confronter à repenser en profondeur la matrice de ses expertises.

 

Si des emplois disparaissaient, d’autres émergeaient et en nombre. Et voilà ! C’est ma génération qui désormais profite un max des « Trente glorieuses » de la révolution digitale. J’ai fait pratiquement tous les métiers, de Neuronal Programmer à l’API Sales en passant par l’OpenBank Director, le Crypto Security Officer, et mon dernier job, DLT Supervisor. Je l’ai été 5 années durant avant d’embarquer sur Rack Server 11.

Mais, c’est surtout sous l’effet de la standardisation des interfaces de programmation applicative (APIs) et de l’ Open Cloud que l’ADN des services financiers a définitivement basculé dans une mutation irréversible. 

 

La révolution digitale avait enclenché un mécanisme infernal ; toujours plus de données pour nourrir toujours plus d’algorithmes entrainant le déploiement, plus et plus encore, de capacités d’infrastructure et de calculs. En 50 ans, les architectures informatiques mondiales avaient transmuté en réseaux distribués énergivores. Les Etats avaient tous suivi la Chine comme un seul homme après la décision de sa Banque Centrale de faire de sa devise une crypto-monnaie et de basculer définitivement vers une société sans cash intégrée au coeur de ses Smart Cities. Le contrôle des champs énergétiques est désormais au coeur des enjeux géopolitiques des puissances mondiales.

Dans ce contexte, la première ferme industrielle de serveurs envoyée dans l’espaceavec succès en 2043 a ouvert la voie à une véritable révolution orbitale de la donnée. 

 

2104, février, mon grand retour sur Terre ! C’est imminent, dans 1 mois, je serais à Shanghai, juste à temps pour profiter de la fête ! Un grand gâteau pour nous toutes et tous, attachés à notre entreprise. 100 bougies à souffler … et fiers aussi ! Franchement qui l’aurait parié … d’une simple solution de paiement à une BankTech Factory usinant dans l’espace de la donnée à façon … Tout cela en 100 ans … franchement ?

2104-01-22, ici COSPAR ID 2097-063A, Orbite Terrestre Basse. 15h07, all clear !

Ceci est un post de fiction documenté certainement … mais cependant cet avertissement : « toute ressemblance avec des entreprises ou des personnages ayant réellement existé serait purement fortuite »

Cet article a été publié pour la première fois sur Linkedin le 22 janvier 2018. 

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