L’avenir de la finance digitale s’invite au Paris Fintech Forum 2019

Cette année, pour sa 4ème édition, le Paris Fintech Forum a explosé ses statistiques avec plus de 2700 participants, 280 CEO et 145 exposants. Un succès considérable qui fait désormais de cet événement – d’après ses organisateurs – le Davos de la finance digitale et de la Fintech. Au-delà de ces superlatifs, il faut reconnaitre la qualité des intervenants et la profondeur des débats. Pour un forum sensé accueillir le renouveau de la finance, la diversité était présente, la mixité mieux représentée et l’inclusion financière au cœur des discussions.

Le consommateur reprend le pouvoir

C’est le grand gagnant du Paris Fintech Forum, celui au centre de toutes les attentions, celui que l’on surveille comme le lait sur le feu. Et il n’est pas venu tout seul. Il est accompagné de ses données dont il jalonne sa route comme le Petit Poucet le faisait avec ses petits cailloux. Il faut l’imaginer faire sa trace dans les travées du Paris Fintech Forum puis se retourner soudainement pour comprendre que derrière lui pas moins de 280 patrons en tout genre, 180 fintech de dizaines de pays différents le pistent avec délectation. D’une certaine façon, cette centricité sur le consommateur n’est que de façade car la bascule est faite désormais vers ses données.

Ce nouveau paradigme de la data centricité change beaucoup de chose pour nous autres utilisateurs de produits et services financiers.

Au sein d’un écosystème d’hyper-innovation – que le Paris Fintech Forum a le mérite de concentrer en un lieu sur deux jours – le consommateur fait face à un momentum exceptionnel, celui du choix. En bon challenger – et encore je suis light – l’exubérant patron d’Atom Bank, Mark Mullen, l’invite à se décider sérieusement à aller chercher auprès des nouveaux entrants de bien meilleures affaires. Ali Niknam, le patron de Bunq, voudrait aussi qu’il change de crémerie et prêche pour qu’il s’exprime librement sur ce qu’il souhaite vraiment, sur ce qu’il aimerait vraiment, lui promettant de construire sa solution bancaire désirée.

Pris individuellement, cela semble pratiquement impossible mais les technologies d’APIs, d’open banking et d’IA laissent entrevoir un enrichissement considérable de l’offre pouvant faire basculer le choix du consommateur d’une banque universelle, où tout existe mais où il faudrait prendre le temps de chercher, à une banque à la carte où le menu répondrait dans l’instant à ses appétits.

Le consommateur reprend donc le pouvoir et il le doit à ses données et aux technologies pour les exploiter.

L’art de se transformer

Si vous aimez les blockbusters, vous connaissez probablement Optimus Prime, Bumblebee et autres Mégatron. Et bien imaginez un instant, la banque de demain en Transformer. La BankBot, c’est la très grande tendance de ce cru 2019 du Paris Fintech Forum.

Avec des fournisseurs de services qui innovent en permanence à l’image de Visa ou Mastercard, avec la technologie des APIs qui gagne en maturité, avec le phénomène de fintégration qui s’accélère, apparaissent désormais très concrètement les possibilités exceptionnelles de l’économie de l’architecture ouverte. Ce monde des possibilités façon lego se structure autour du phénoménal « Core as a Service ».

Pour bien le comprendre, imaginez cette BankBot structurée sur un châssis à l’image de celui d’une automobile.

Sur ce châssis, on pourrait assembler, défaire et réassembler sans limite, instantanément et à moindre coût tout type de services financiers pour construire la banque personnalisée de vos rêves téléchargeable sur une interface mobile.

Mais qui pour participer au pari du Core as a Service ? Car la question sous-jacente qui est posée n’est plus celle de l’offre mais bien celle du châssis et de l’assemblage ? Qui pour fournir le châssis de la BankBot ? Qui pour faire l’assemblage de la BankBot ? Et si les composants changent pour toute sorte de raison, qui pour porter la responsabilité du réassemblage ?

Il est probable que le consommateur achètera le meilleur des châssis, le plus robuste, le plus sécurisant, celui en lequel il a le plus confiance et choisira l’assembleur qui lui offrira le plus de personnalisation. Cette bataille pour le socle – une mauvaise traduction du « Core » – a débuté et des business models gagnent en crédibilité comme celui du russe Tinkoff avec sa stratégie de « Life Style Banking » qui semble avoir inspiré la Deutsche Bank et que les Chinois ont massivement adopté aujourd’hui sous la poussée d’Ant Financial notamment.

Etre ou ne pas être ?

Il y avait quelque chose de schizophrénique cette année au Paris Fintech Forum au point où après 2 jours de débats j’ai appelé mon psy. Je m’explique.

Au Palais Brongniart qui accueille l’événement, on rencontre de tout. On y rencontre aussi bien des néobanques qui se rêvent en banque, que des banques qui se rêvent en néobanque. On y rencontre des néobanques avec licence bancaire qui ne se voient pas devenir des banques et a contrario des néobanques sans licence qui s’imaginent faire de la banque … vous me suivez … bref la question était sur toutes les lèvres : « Voulez-vous être une banque ? ». Cette question régulièrement posée aux innovateurs de rupture de la finance trouvait sa plus belle réponse auprès du fabuleux patron d’Atom Bank – encore lui – qui la résumait dans sa langue de Shakespeare en ces termes

« It is bloody expensive to be a bank ».

La grande hétérogénéité des acteurs de la fintech est certainement le reflet d’un marché encore extrêmement jeune. La question que l’on pourrait légitiment se poser est celle de la structuration industrielle de ces positions stratégiques qui au final ont toutes leur rationnel.

Parmi la diversité des modèles économiques, au moins une voix s’est élevée pour appeler les fintech à arrêter toute critique vis-à-vis de l’industrie dans laquelle elles opèrent toutes. C’est celle de Anne Boden, la CEO de Starling Bank et je crois que nous tenons avec elle un début de réponse à la question posée que je résumerais ainsi :

Il n’est pas totalement audacieux de penser que demain les fintech seront probablement à la banque ce que les biotech sont à la pharma.

Changer de logiciel

En effet, pour les banques qui voudraient faire comme les fintech, le chemin apparait comme particulièrement long et couteux. Surtout, est-il nécessaire de s’y engager ?

Cette réflexion soulevée par Antti-Jussi Suominen, le patron d’Holvi – dont on rappelle que le propriétaire est BBVA – dessine une stratégie qui consisterait à laisser aux fintech la responsabilité de se concentrer sur les besoins de niche du consommateur. Les meilleurs produits trouveraient alors – grâce aux banques qui opèrent à l’échelle industrielle – d’excellents relais de croissance. Mais les fintech ont-elles les atouts pour laisser penser aux banques qu’elles peuvent tenir ce rang ?

Si il apparait comme le dit Liesbeth Rigter, CEO de Moneyou, qu’elles sont culturellement adaptées à le tenir, l’équation nécessite pour les banques de changer leur logiciel interne pour accompagner ce défi. Avec l’open banking, les banques n’ont plus vraiment d’autre choix que de s’engager profondément dans la transformation de leur organisation. Culturellement, les choses doivent changer et cela passe par l’humain. C’est en substance le message transmis par les dirigeants présents au Paris Fintech Forum.

Pour Christer Holloman, CEO de Divido, qui s’exprimait sur la partie technologique des enjeux de cette transformation, les acteurs historiques de l’industrie ne peuvent plus se payer le luxe de tout développer en interne. Sur ce point, le dirigeant marquait une certaine urgence pour les banques à passer à l’action donc à collaborer davantage. Sur le segment du financement par exemple, on peut illustrer le bénéfice de cette approche symbiotique en prenant le cas de Blender.

Blender développe des plateformes techniques pour compte de tiers embarquant des solutions anti-fraude développées par « machine learning ». Autrement dit, là où les banques rejetteraient logiquement la tentative de fraude à sa détection, on peut imaginer cette tentative reroutée immédiatement vers les algorithmes de Blender qui vont l’exploiter, la pousser le plus loin possible pour au final en retenir quelque chose dans la détection des suivantes au bénéfice de la banque et de ses clients.

La prochaine édition du Paris Fintech Forum aura lieu les 28 et 29 Janvier 2020.

Vous pouvez retrouver cet article sur Linkedin

J’ai assisté pour vous aux conférences et entretiens suivants :
PFF 2019 Opening remarks ; Opening Interview with Mastercard Vice Chairman ; World Wide new retail banking world ; Improving credit access and transparency ; What new technologies are most impacting consumer finance? ; Financial Inclusion: Can fintech help make the world a better place? ; Platform is the new Black (banking as a service) ; The battle of the core ; Open banking: where do we stand in 2019? ; The financial services lego game ; Should banks become « fintechs »? ; What is next for challenger banks? ; Future of money : How digitalization of finance is transforming economies? ; Hype vs reality – the impact of tech on the financial services industry ; Blockchain & Crypto: 2019 status & forecasts ; Alternative lending: financing the real economy ; The investors point of view on fintech world in 2019 ; Inclusive Blockchain — The Rise of Financial Inclusion

 

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